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Une salle de consommation à moindre risque ouvre à Liège

salle consommation 1La salle de consommation à moindre risque, une étape essentielle pour encadrer la toxicomanie

C’est une évidence qu’il faut regarder en face : la toxicomanie est un vrai problème dans les villes et Liège, par sa proximité avec les Pays-Bas, est particulièrement concernée.

Avec l'appui unanime du Conseil communal, la Ville de Liège travaille pour apporter des solutions innovantes. En effet, il faut oeuvrer sur tous les tableaux (préventif et répressif, social et thérapeutique, légal et judiciaire), mais surtout faire preuve d’audace. Ouvrir une salle de consommation à moindre risque au mois de septembre 2018 constitue une première réponse.

Il faudra à l'avenir entreprendre d'autres démarches novatrices et complémentaires. Avec comme objectifs principaux : redonner de l'espoir à celles et ceux qui sont tombés dans la drogue, restreindre fortement les comportements inadéquats dans l'espace public et aider les agents de services publics à faire face à ces situations de détresse.

La toxicomanie à Liège : un peu d'histoire

La position de Liège, au coeur de l'Europe, à quelques kilomètres des frontières allemandes et néerlandaises, constitue un atout pour notre métropole.

En matière de toxicomanie, cela engendre par contre des inconvénients.

La proximité avec Maastricht a, depuis de nombreuses années, fait de Liège un lieu de regroupement pour les toxicomanes.

Les quelques kilomètres qui nous séparent des Pays-Bas facilitent les allées et venues des toxicomanes, les "trafics de la fourmi" (par petite quantité), plus difficiles à combattre d’un point de vue répressif, judiciaire…

Cette présence continue de toxicomanes à Liège se traduit notamment par une consommation régulière sur l’espace public, très visible pour les citoyens et les usagers de la ville.

Depuis les années 90, les acteurs publics et associatifs se sont mobilisés pour combattre ce fléau qui a des conséquences importantes en termes de santé publique mais aussi sur le sentiment d'insécurité.

Face à cette problématique, la Ville de Liège (via notamment la Police et le Plan de Prévention), le Parquet, les hôpitaux, les médecins, les pharmaciens, la plate-forme psychiatrique et de nombreuses associations collaborent, en fonction de leurs champs d'action spécifiques. Des politiques répressives, sanitaires, sociales, préventives… sont menées dans ce cadre depuis de nombreuses années.

Liège a également participé à de nombreux projets novateurs en matière de réduction des risques : traitement à la méthadone, échanges de seringues, traitement assisté par diacétylmorphine avec la fondation TADAM. Ce projet pilote de distribution contrôlée d’héroïne médicale s’est déroulé à Liège entre 2011 et 2013. L’évaluation réalisée par l'ULiège en a montré toute la pertinence tant du point de vue de l’amélioration physique et psychologique des usagers de drogues que pour la sécurité du citoyen. Faute de moyens et de modification législative fédérale, ce projet n’a pu être renouvelé.

En quelques chiffres

  • Selon l’étude TADAM, le nombre de personnes dépendantes à l’héroïne sur le territoire communal varie entre 13 et 17 par 1000 habitants (soit de 1600 à 2100 individus).
  • En 2015, 140.000 seringues ont été distribuées à près de 550 usagers différents, avec un taux de récupération de 95 %.
  • 300 usagers consomment en rue, régulièrement ou occasionnellement. À partir de ces chiffres, on estime entre 960 et 1260 le nombre d’actes de consommation en rue par jour.
  • L’Institut de Médecine légale de Liège a enregistré, entre 2011 et 2013, 35 cas d’intoxication mortelle par stupéfiants pour la ville de Liège.
  • L’injection de drogues reste responsable de 1,5 % des nouveaux cas dépistés de VIH, de 1,2 % de tuberculoses et de 85 % pour l’hépatite C.
  • La police locale a dressé 1745 PV initiaux pour faits de stupéfiants en 2016 et 2197 en 2017, soit une augmentation de 25,9%.
  • La police locale a saisi 3.881 grammes d'héroïne en 2016 et 10.403 grammes en 2017.
     

salle consommation 2Un dispositif supplémentaire attendu : la salle de consommation à moindre risque (SCMR)

Pour traiter la toxicomanie à Liège, il faut élargir les solutions de prise en charge tant au niveau de la réduction des risques que des soins/traitements à proposer.

Dès 2002, la Ville de Liège a déposé auprès du Gouvernement fédéral un plan d’action stratégique comprenant le projet TADAM (délivrance contrôlée d’héroïne) et l'ouverture d'une salle de consommation à moindre risque.


Les objectifs

La philosophie du projet liégeois de salle de consommation répond aux recommandations des experts en la matière. Les 6 objectifs principaux sont :

  1. Atteindre la population cible des injecteurs réguliers et de longue date d’héroïne et/ou de cocaïne, consommateurs de rue marginalisés et échappant aux circuits de soins ;
  2. Procurer un environnement sain et sécurisé susceptible de diminuer les risques et d’améliorer les conditions d’hygiène (objectif sanitaire immédiat) ;
  3. Réduire la morbidité et la mortalité associées à l’usage des drogues (objectif sanitaire intermédiaire) ;
  4. Stabiliser et améliorer l’état de santé des usagers (objectif sanitaire à long terme) ;
  5. Réduire l’usage des drogues dans l’espace public et les nuisances associées ;
  6. Prévenir la criminalité dans et aux abords des locaux de consommation.

L’objectif général est que les usagers qui consomment régulièrement sur l’espace public se rendent quotidiennement dans cette nouvelle structure.  

Ils entrent ainsi en contact avec du personnel spécialisé pour améliorer leur condition avant d’envisager des traitements plus définitifs, comme la substitution ou le sevrage.

Un passage régulier dans la SCMR est aussi l’occasion pour l’usager d’entamer un travail de resocialisation et d’envisager une prise en charge volontaire.

La salle est ouverte à tous les usagers d'héroïne, de cocaïne et de crack, aux seules conditions qu'ils soient majeurs et que cela ne constitue pas leur première expérience de consommation. 

salle consommation 3Une initiative isolée ?

La volonté de la Ville de Liège d'ouvrir une salle de consommation à moindre risque n'a rien de révolutionnaire. C'est une pratique déjà en cours chez nos voisins immédiats : Pays-Bas, Allemagne, Luxembourg et France !

On compte actuellement 90 salles de consommation à moindre risque, réparties dans 64 villes de 8 pays européens !

La Suisse a ouvert sa première salle en 1986 déjà… soit il y a plus de 30 ans !

Nos voisins néerlandais et allemands ont suivi dès 1994. La France a rejoint le mouvement en 2016 avec l’ouverture de deux salles à Paris et à Strasbourg.

Aucune marche arrière n’a eu lieu dans aucun de ces pays. Les évaluations scientifiques ont toutes attesté de l’utilité des salles mais aussi de leurs effets positifs sur la santé des usagers et la sécurité des populations locales.

salle consommation 4Les démarches entreprises

La Ville de Liège a rédigé en 2002 un plan stratégique comprenant l’ouverture d’une salle de consommation, en concertation avec l’ensemble des acteurs concernés et intégré dès 2003 dans le Projet de Ville.

Toutefois, une modification légale de la Loi du 24 février 1921 doit permettre de sécuriser juridiquement l’ouverture d’une salle de consommation. Légalement, le fait de mettre à disposition un local pour l’usage de drogues peut toujours faire l'objet de poursuites sur base de la Loi.

Après l’évaluation positive du projet TADAM, deux projets de Loi ont été déposés au Parlement en 2013. S’il n’y a pas, actuellement, de majorité possible au fédéral pour modifier la Loi, un changement important est néanmoins intervenu avec la 6ème Réforme de l’Etat initiée en 2011.

Désormais, ce sont les entités fédérées (Région wallonne, Fédération Wallonie-Bruxelles) qui sont compétentes en matière de prise en charge des politiques de prévention et de réduction des risques en matière de toxicomanie notamment. L’Etat fédéral est lui compétent pour ce qui concerne la loi pénale.

Retour sur les dernières étapes du dossier liégeois :

  • 29 janvier 2018 : mandat, à l’unanimité, du Conseil communal pour avancer dans les contacts à initier pour la mise en oeuvre rapide d’une SCMR à Liège
  • 5 février : rencontre avec le Procureur général et le Procureur du Roi de Liège
  • 1er mars : rencontre avec la Ministre régionale de la Santé
  • 9 avril : rencontre avec la Ministre fédérale de la Santé
  • 16 mai : rencontre avec le Ministre fédéral de la Justice
  • 23 mai : le Parlement wallon vote à l'unanimité une motion pour l'ouverture de salle de consommation dans les grandes villes wallonnes
  • 28 mai: à l’unanimité, le Conseil communal confie la gestion de la salle de consommation à la fondation TADAM et approuve l’appui financier de la Ville

La concrétisation !

Dès le mois de février et la volonté affichée du Collège d’implanter la salle dans les locaux déjà utilisés pour le projet TADAM, un travail de concertation avec le quartier a été mené.

Le 6 février, lors d’une réunion publique à l’Hôtel de Ville, le dossier a été présenté aux représentant·e·s du quartier. A cette occasion, ils ont pu poser de nombreuses questions, demander des précisions concernant notamment les horaires d’ouverture et l’encadrement policier et social mis en oeuvre autour de la salle. En accord avec les autorités communales, 2 représentants du quartier seront intégrés dans le Comité d’accompagnement du projet.

Afin d’assurer la gestion et l’encadrement de cette structure et sur base du dossier présenté au Conseil communal, l’équipe encadrante a été définie à 18 équivalents temps plein (infirmier·e·s, assistant·e·s sociaux,·éducateur·rice·s, agent·e·s de sécurité).

En choisissant le gestionnaire de cette SCMR (la fondation TADAM), la localisation (dans les locaux de TADAM rue Florimont, à côté du commissariat de police de "Wallonie centre"), en débloquant les moyens budgétaires et en définissant l'équipe à mettre en place, la Ville a rassemblé les éléments permettant le lancement du projet le 5 septembre 2018. Il ne s'agit pas d'une expérience limitée dans le temps et la salle est accessible 365 jour par an.

Et la suite ?

Il n'y a pas de recette miracle pour endiguer le problème de la toxicomanie.

Il faut poursuivre les efforts déjà entrepris et la mise en place de projets innovants.

La reprise du traitement à l’héroïne médicale (TADAM) constitue l'objectif suivant et les démarches sont en cours pour y arriver.

La demande des citoyen·ne·s rencontre la volonté des autorités liégeoises pour qui il est indispensable de continuer à se mobiliser pour lutter contre les ravages causés par la drogue. Pour venir en aide aux usagers en souffrance et pour améliorer le vécu commun dans l'espace public.

Enfin, à l'initiative de la Province de Liège, la Ville participe à l'étude pour l'ouverture prochaine du Carrefour d'aide socio-sanitaire de la Province destiné aux personnes en grande difficulté sociale.

Entretien avec...

salle consommation 5Dominique Delhauteur, Coordinateur général de la fondation privée TADAM

Quel sera le rôle de la fondation TADAM dans la future salle de consommation ?

Dès le moment où la fondation TADAM a eu connaissance de la volonté de réaliser sur Liège une salle de consommation à moindre risque, elle a fait offre de service à la Ville pour être opérateur de cette salle.

Pourquoi a-t-elle pu faire offre ?

Parce qu'elle dispose déjà des locaux adaptés pour ce genre de fonction. L'expérience TADAM (Traitement assisté à la diacétylmorphine) nous a permis d'accueillir des usagers de drogues qui consommaient dans ces locaux. Ces derniers sont donc équipés pour accueillir des usagers fumeurs ou injecteurs d'héroïne ou de cocaïne.

C’est cette mission qui a été confiée à la fondation lors du Conseil communal de ce 28 mai, avec la mise à disposition des moyens indispensables à l’ouverture de la salle dans un délai court de 3 mois.

En quoi la salle de consommation peut-elle changer le quotidien des personnes toxicomanes mais aussi du grand public ?

De manière évidente, si on leur offre un lieu et un encadrement qui sur le plan sanitaire et de la sécurité est tout à fait adapté à leur consommation, cela vaut toujours mieux que de consommer de manière sauvage dans la rue.

Donc, au-delà de ce qui existe déjà comme les dispositifs d'échanges de seringues, une salle de consommation est un dispositif de réduction des risques complémentaire qui permet une consommation sécurisée pour tout le monde. Si elle l'est pour les usagers, elle l'est a fortiori pour le grand public, c'est-à-dire tous ceux qui constituent la chalandise de la population de la ville de Liège qui actuellement est trop souvent confrontée à des actes de consommation ou de trafic en rue.

La sécurisation et la répression du deal aux abords de la salle seront une priorité pour la zone de police. Tout acte de consommation en dehors de la salle sera interdit. La police y veillera.

salle consommation 6Richard Mewissen, Éducateur de rue au Plan de Prévention de la Ville de Liège

Quel sera votre fonction au sein de la salle de consommation ?

Je serai la personne de liaison entre la salle et l’environnement extérieur c’est-à-dire les habitants, les commerçants ou les usagers du quartier.

J’ai travaillé 15 ans au dispositif d’urgence sociale et 8 ans à l’abri de nuit, j’ai donc une très bonne connaissance du public cible et ils m’identifient très bien.

Je serai là aussi pour répondre aux interrogations de la population par rapport à ce qu’est une salle de consommation. Cela implique aussi une bonne connaissance du tissu commercial et des intervenants associatif publics ou privés installés dans l’environnement de la salle.

Dans votre travail au sein du quartier, quels sont les différents publics que vous rencontrez et quelle est votre approche vers chacun d'eux ?

Je suis amené à être en contact avec toutes les personnes présentes sur le quartier : passants, habitants, commerçants, travailleurs sociaux, policiers, utilisateurs de la salle... Il faut établir une relation de confiance avec chacun afin d’être identifié comme personne ressource.

En cas de problèmes, cela permet de détecter et d’aplanir ceux-ci le plus rapidement possible.

Il y a donc un gros travail d’information sur ce qu’est une salle de consommation, son utilité, son fonctionnement. Une autre facette importante concerne le travail de médiation.

Il faudra également faire passer régulièrement des messages de civisme auprès des utilisateurs de la salle et des autres usagers n’utilisant pas encore la salle.

Le périmètre défini autour de la salle devra être une zone respectant les alentours ainsi que les règles établies telles que l’interdiction de deal par exemple.

Vidéo de présentation