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Oeuvre du mois - Laurent Impeduglia

Laurent Impeduglia, en dehors et au dedans du monde

Laurent Impeduglia
Out Of This World, 2018-2019
276 cm x 190 cm
Huile sur toile
Acquis par la Ville de Liège auprès de l’artiste en 2020

Né en 1974 à Liège, Laurent Impeduglia y enseigne le dessin à l’Académie royale des Beaux-Arts/Ecole supérieure des Arts. Dessinateur au sein du collectif liégeois Mycose – qui publie au début des années 2000 des fanzines alternatifs –, il oriente son parcours à partir de 2005 vers la peinture, sans pour autant abandonner le dessin.

Reconnu sur la scène internationale, il livre depuis les chapitres d’une œuvre furieusement nourrie de couleurs vives et de lettrages explosifs. Manipulant une forte charge iconoclaste et des cartouches d’humour burlesque, il met à mal quelques valeurs sacralisées du monde globalisé, ressenties comme autant d’aliénations : l’art, l’argent, le travail, les nationalismes, les religions, les croyances de tout ordre. Mais l’œuvre d’Impeduglia jongle également avec les références culturelles de sa génération, née en même temps que le développement commercial des consoles de jeux vidéo.

La toile intitulée Out Of This World a été réalisée par l’artiste en 2018-2019, et surprend le spectateur par ses grandes dimensions, ses couleurs flamboyantes posées en aplats, et l’envahissement de tout l’espace pictural par une multitude d’éléments identifiant l’univers de l’artiste. Le titre évoque un jeu vidéo interactif d’aventure et d’action, aujourd’hui devenu culte, qui fit les beaux jours des consoles de jeux dans les années 1990. Il porte en Amérique du Nord le titre de Out Of This World, mais a été popularisé en Europe sous le nom de Another World.

Impeduglia ne s’inscrit dans aucune école artistique particulière, et le titre de cette peinture peut résonner comme une sorte de manifeste personnel. Mais on trouve néanmoins dans son travail des références au street art américain et à la peinture néo-figurative allemande de la fin du 20e siècle, ainsi qu’à des artistes belges contemporains tels Walter Swennen et Jacques Lizène, voire, plus lointainement, James Ensor ou Jerôme Bosch.

Le monde pictural d’Impeduglia ne révèle aucune valeur dominante. L’artiste y entremêle sans distinction hiérarchique des formes imaginaires ou construites, architecturées frontalement, en pratiquant parfois la perspective isométrique. Plongeant ses pinceaux dans l’univers cathodique, il fait ricocher très librement les personnages popularisés par des jeux vidéos, dessins animés et bandes dessinées : l’extraterrestre Goldorak, Popeye le marin, Donald Duck, King Kong, Saint-Nicolas, des nains de Blanche-Neige, ou la Panthère rose.

L’univers héraldique (avec notamment les armoiries de la Ville de Liège) et le monde de la chevalerie y croisent les symboles d’une modernité en perte de vitesse : automobile, cheminée fissurée de centrale nucléaire, usines polluantes. Il associe encore les fantômes, les crânes humains synonymes de « vanités », avec des poulpes géants plutôt souriants et des plantes vertes exotiques. Toutes ces figures

joyeusement débridées surgissent au beau milieu d’une planche géographique où apparaissent certains attributs de la Belgique : un « Blanc Moussi » du carnaval de Stavelot, le drapeau belge, les figures du coq et du lion, un cercueil portant le mot « Wallifornia », deux militaires sortis de la Révolution de 1830.

Ce sampling pictural dont Impeduglia a fait sa marque de fabrique ne reste pas neutre pour autant. L’artiste présente le chaos, joyeux ou ténébreux, la sauvagerie anarchique de nos sociétés, le bien et le mal. Le spectateur visualise une grande image kaléidoscopique, dont les caractères hybrides ne proposent pas de lecture à sens unique. Outre le titre de l’oeuvre, on y lit également plusieurs inscriptions nettement revendicatives : « No to nuclear », « Free Palestine », ou encore « Welcome Refugees ».

Alain Delaunois
Attaché scientifique
La Boverie – Musée des Beaux-Arts