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C. Willemsen : Les Rails

Christiane Willemsen (Liège, 1935)
Les Rails, 1977
Huile sur panneau, 95 X 100 cm
Musée des Beaux-Arts de Liège, Legs Paul Dony, LPD 0052


 

Christiane est de ces artistes discrètes qui aiment assez peu la lumière, si ce n’est celle de son atelier, et mettent toute leur énergie à peindre. Peindre avant toute chose !

Ses expositions sont peu nombreuses et la littérature la concernant est plutôt laconique. Une entrevue avec l’artiste restait encore le plus sûr moyen de connaître son parcours. Cet échange permit d’ébaucher les contours d’une biographie et les vues de l’artiste sur son œuvre.

L’artiste

Christiane Willemsen naît le 5 janvier 1935, au domicile de ses parents, au quartier de la Chartreuse. Dès son plus jeune âge, l’attrait pour le monde de l’art lui semble une évidence. C’est donc tout naturellement, qu’au sortir des études secondaires en 1952, elle s’inscrit à l’Académie royale des Beaux-Arts de Liège. Au cours de dessin, tout d’abord, sous les auspices du professeur et artiste Henri Brasseur mais également en sculpture sous la leçon de Marceau Gillard.

Le dessin retient son attention et devient au fil du temps, son point d’entrée vers la peinture. Sous les encouragements de divers professeurs, elle s’engage alors dans cette voie sans jamais la quitter et se focalise sur la technique à l’huile. Elle devient ensuite professeure de dessin à l’Académie royale des Beaux-Arts de Liège.

Henri Brasseur eut une grande influence sur son œuvre. Il semble donc évident pour Christiane de suivre la voie de son maître en adoptant une figuration dans une veine plutôt réaliste. Pourtant, ce réalisme est tempéré par une atmosphère surnaturelle, presque fantastique à laquelle s’ajoute un travail particulièrement raffiné de la couleur.

Comme Brasseur, Christiane s’imprègne de son temps. Si de son témoignage, tous deux ne se revendiquent d’aucun mouvement artistique en particulier, elle admet cependant que le Pop Art naissant se développant fin des années cinquante aux Etats-Unis eut une influence manifeste sur leur travail.

Plus tard, elle amorce une peinture de paysage aux coloris subtils qui conserve encore cette atmosphère énigmatique.

« Les Rails »

Ne comptez pas sur l’artiste pour décoder l’image. Il n’est nullement question de localiser et identifier le lieu et le personnage des « Rails ». L’artiste se concentre avant tout sur le protagoniste. C’est lui et ce qu’il évoque au spectateur qui compte.

L’inconnu des « Rails » est un anonyme. C’est le « Il » des phrases impersonnelles. C’est n’importe qui mais c’est aussi tout le monde.

« Il » n’attend personne ! C’est l’artiste qui le dit. Il traverse les voies de chemins de fer, avec assurance. Son but ? Un meilleur ailleurs ou plutôt, comme Christiane le pense, l’illustration de cette maxime ordinaire que nous avons tous, un jour, murmuré en nous-même : « L’herbe est plus verte ailleurs ». Décidément, le peintre nous invite au voyage, à prendre la route.

Il subsiste toutefois une équivoque insaisissable dans la représentation. Sans trop que l’on sache identifier pourquoi, on devine si ce n’est une incohérence, tout du moins une discordance de réalisme. La scène semble réelle et irréelle à la fois.

L’homme mystérieux traverse les rails de part en part sans se soucier d’autre chose que ce qui l’anime. Se bornant à son idée, il renonce à suivre la route que les voies de chemin de fer tracent pour lui. En somme, il refuse de se conformer. C’est peut-être ça précisément qui rend le réalisme de la scène comme hors du réel ?

En étant là où on ne l’attend pas, l’artiste ajoute à une apparente scène ordinaire une dimension poétique et évoque une réalité dont on n’a pas perçu tous les raffinements. Si l’on ne craignait d’enfermer son œuvre en un terme réducteur, on serait tenté de la qualifier de « réalisme surnaturel ».

Mais laissons plutôt au spectateur le dernier mot, comme d’ailleurs le suggère le peintre. Il lui revient de compléter l’histoire et de donner sens aux « rails ».

Alors, selon vous, que raconte cette œuvre et où va cet homme ?

 

 

Henri Brasseur (Liège, 1918 – 1981)
Le tireur olympique, 1964
Huile sur papier marouflé sur novopan, 193 X 148 cm
Musée des Beaux-Arts de Liège, AW 1696