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Hommage à Arthur Haulot

Arthur Haulot (1913-2005)

Résistant, poète, conteur, nouvelliste et essayiste, humaniste soucieux des relations humaines entre tous les peuples.

Arthur Haulot est né à Angleur le 15 novembre 1913. Après avoir quitté l’école dès 16 ans, Arthur travaille à la FN puis dans une banque coopérative. Engagé par La Wallonie, il y restera quatre ans, avant d’être journaliste à l’Institut national de radiodiffusion pendant deux ans. Il fonde en 1939 le Commissariat général au Tourisme.

Au début de la guerre, il est membre du bureau clandestin du parti socialiste. Fin 1941, il est arrêté par la Gestapo, et emprisonné à Bruxelles. Il est transféré à Dachau en novembre 1942. À la fin de la guerre, il témoigne et reprend quelques mois son métier de journaliste au Peuple le temps de « couvrir » les procès des criminels allemands. 

Il occupera la place de Commissaire général au Tourisme pendant trente-trois ans (1946-1978). Il préside aux destinées de la Commission européenne du tourisme, puis de l’organisation mondiale du tourisme. Il est, en 1973, fondateur du Bureau international du tourisme social dont il est secrétaire général jusqu’en 1988. 

Dès 1951, devenu co-directeur du Journal des poètes, il fonde les Biennales internationales de poésie qui ont lieu d’abord à Knokke, puis à Liège. Arthur Haulot devint directeur du Journal des poètes et Président de la Maison internationale de la poésie de Bruxelles (Maison de la poésie et de la langue française)

Arthur Haulot s’est investi dans la lutte contre l’extrême droite jusqu’à son décès, le 24 mai 2005. En 2012, il est élevé, à titre posthume, au rang d’officier du Mérite wallon.

Le projet d’hommage, l’intention des artistes

La Ville de Liège a souhaité rendre hommage à Arthur Haulot sur ses terres natales, à Angleur. Ce geste mémoriel se concrétise sous une forme originale : la réalisation de trois fresques murales, graphiques et poétiques, localisées sur trois pignons porteurs de sens, l’ensemble de ce parcours formant un itinéraire artistique, touristique et de souvenir.

Par cette intention d’introduire art, couleurs et poésie dans l’espace public, et par le choix du texte, c’est aussi un hommage qui est rendu à toutes les Angleuroises et Angleurois et à leurs douleurs récentes.

Le poème La main coupée s’est imposé comme porte étendard de ce parcours. Il a été écrit par Arthur Haulot à Mauthausen en 1942 et fait évidemment référence à une page extrêmement douloureuse de notre histoire.

Sans nier le contexte de ces circonstances éminemment sombres, les deux artistes ont pris le parti de représenter ici la force de vie du poète à travers un travail coloré et optimiste.

« S’il fallait un jour que je te conte ma vie, je prendrais des papiers aux couleurs d’arc-en-ciel »*, a dit le poète. Cette phrase extraite de Confidences a particulièrement inspiré les artistes. Douces et vives à la fois, les trois fresques, issues d’un travail préparatoire de collage, mélangent des signes figuratifs mais aussi abstraits, invitant l’imaginaire du spectateur.

Le fil conducteur est cette main, forte et rassurante, comme un geste d’ouverture, évoquant bien sûr la transmission d’Arthur Haulot. Une phrase extraite du poème La main coupée a été choisie pour chaque mur, une phrase qui symbolise le renouveau, la reconstruction. 

Tout au long de ce parcours, à chaque passant, à chaque passante, Arthur Haulot dira alors : « Au toucher de ta main s'est rafraîchi mon cœur ».

*Extrait du poème Confidences, évoqué lors d’un entretien entre Jacques Goossens et Arthur Haulot en 1985 (archive SONUMA, portrait du 01051985)

Rue Vaudrée 40

« le monde s’étend tout autour de la main »

Situé en plein cœur d’Angleur, face au Château Nagelmackers, cette fresque symbolise la force de la renaissance. La main tendue fait écho aux missions défendues par le cabinet de radiologie qui l’accueille et la maison médicale qui lui fait face -promouvoir la convivialité et la citoyenneté, respecter l’altérité et la différence- toutes valeurs qui font résonner le combat social d’Arthur Haulot.

Rue de Tilff 22

« tout autour de la main il y a la clairière »

Dans cette rue de grand passage, le graphisme végétal et coloré se déploie dans un parking privé de verdure, comme une proposition organique dans une zone géométrique relativement fermée. La clairière ici prend tout son sens.

Rue du Crucifix 9

« Une main vivante c’était hier »

Au fond de cette rue étroite, qui mène à la Lande de Streupas où le poète allait se promener enfant, il était intéressant d’amener de la lumière et de créer un débordement sur le sol. Le lien est ainsi fait avec la maison dans laquelle Arthur Haulot a grandi, située face à la fresque, rue Triolet. La main ici tient une place plus grande pour appuyer la présence du poète.

Les artistes

Maud Dallemagne

Diplômée en art visuels et de l’espace à l’ERG (école de recherche graphique) en 2007, Maud Dallemagne est professeur en communication visuelle et graphique à l’ESA Saint-Luc Liège. Elle est membre des Tontons Racleurs, duo d’artistes sérigraphes développant une pratique artistique multidisciplinaire. Passionnée par le travail graphique manuel, elle réalise des projets graphiques et illustrés, par le biais de techniques d’impression manuelle, telles que la sérigraphie et la risographie, aboutissant sur des éditions singulières.

Marie Sion

Graphiste multitâche, après un parcours en agences et comme indépendante, elle s’est spécialisée dans le design social, approche pluridisciplinaire visant à coconstruire des démarches de communications visuelles avec des publics divers (souvent fragilisés). Elle enseigne ce volet à l’ESA Saint-Luc Liège, nouant des partenariats avec le monde associatif et culturel local. La recherche, l’optimisme et la débrouille sont les éléments fondateurs de son travail, mixant techniques manuelles et numériques.

"La main coupée"

Une main
une main toute seule
une main pour le pain
une main pour l’amour

une main pour le jour qui se lève
et pour l’oiseau qui chante
une main pour cueillir la noisette
et l’offrir à l’enfant

une main pour saisir solidement l’outil
et pour saisir le sein
et pour saisir la vie

une main pour le feu et l’eau et le soleil
une main et ses doigts où le sang coule rouge
au travers de la lampe

une main d’homme
avec tout ce miracle de gestes et de signes
qu’elle contenait pour tout une existence

une main
et ses ongles carrés comme l’était le front
et ses muscles et ses veines
et son duvet soyeux pour la joue de la femme

sa force quand soudain elle devenait poing
et laissait éclater la colère de l’homme
une main rien qu’une main
vivante c’était hier

Aujourd’hui
ce n’est plus qu’un débris rejeté par le sable
une épave entre cent
ses os nus font plus mal à l’âme qu’un long cri

Tout autour de la main il y a la clairière
et ces hommes et ces femmes qui pleurent sans bouger
leurs mains à eux vivantes

autour de la clairière il est un paysage
et le monde s’étend tout autour de la main
le monde sans chaleur sans foi et sans amour

un monde où pousseront tout à l’heure de terre
des millions infinis d’autres mains d’autres morts

Arthur HAULOT, Mauthausen, 1942

Le parcours mémoriel en hommage à Arthur Haulot a été inauguré le 1er juillet 2024, lors du 2eme Festival Murs Grands ouverts, organisé par la Ville de Liège en collaboration avec l’asbl Spray Can Arts dans le cadre de l’opération Paliss’art.